Cet article a paru dans le Trinidad Guardian le 31 mai 2025
C.L.R. James—un Trini pour l’éternité
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“De quoi vivaient les hommes ? Que voulaient-ils ? Que leur avait montré l’histoire ? Voulaient-ils dans le passé ce qu’ils voulaient maintenant ? Les hommes que j’avais connus, que voulaient-ils ? Qu’étaient exactement l’art et la culture ?” …
Beyond a Boundary, C.L.R. James, Serpent’s Tail, Londres, 1983.
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Certaines œuvres et leurs auteurs sont des moments-phares des questionnements humains intemporels dans notre paysage intellectuel. Quittant l’île de la Trinité (République de Trinité-et-Tobago) pour l’Angleterre en 1932 afin de poursuivre une carrière d’écrivain, l’auteur de Minty Alley ne tardera pas à compter parmi les captifs de l’idéologie de la gauche internationale. N’importe quel jeune idéaliste né dans la première moitié du XXe siècle qui désirait ardemment un monde meilleur où régneraient la paix et la prospérité humaine aurait tôt ou tard parcouru les pages de deux pamphlets : L’idéologie allemande (1832) et Le Manifeste communiste (1848), tous deux rédigés par Karl Marx et son collègue Friedrich Engels. James aurait ajouté Le Capital (1867) de Marx à sa bibliothèque. Plus tard, La révolution permanente de Léon Trotsky allait occuper une place clef dans l’évolution politique de James jusqu’en 1950, date à laquelle il prendrait ses distances avec Trotsky.
Si les œuvres de Marx, Engels et Trotsky ont déterminé la carrière politique du jeune universitaire et écrivain trinidadien, son propre ouvrage phare, Les Jacobins noirs, a non seulement fait faire un bond en avant à la conscience noire, mais James, en racontant l’histoire de Toussaint Louverture, a également déplacé le centre de gravité de l’histoire du monde moderne :
» Lorsque Haïti est devenu indépendant en 1804, il était le premier pays de l’hémisphère occidental à garantir la liberté civique à tous ses citoyens, condition dont même les États-Unis ne pouvaient se vanter. » (Robin Kelly, cité par Paul Buhle : C.L.R. James. The Artist as Revolutionary (1988).)
Pourquoi C.L.R. James n’a-t-il pas été rapidement classé comme un dilettante romantique fantaisiste, mais a-t-il au contraire inspiré une pléthore de recherches et d’ouvrages dans les cercles intellectuels juste avant et après sa mort en 1989 — Paul Buhle, Andrew Smith, Kent Worcester, Stuart Hall, Frank Rosengarten, Jim Murray, pour n’en citer que quelques-uns — est un phénomène qui mérite d’être examiné de près. Si James est surtout connu internationalement pour Les Jacobins noirs, il a également mené de front la défense du socialisme et du radicalisme noir dans les décennies d’après-guerre, tant en Angleterre qu’aux États-Unis où il a dirigé un groupe militant de gauche connu sous le nom de Johnson-Forest. James n’aurait sans doute pas sourcillé lorsqu’il a été expulsé vers Ellis Island en 1952 en tant qu’ “étranger indésirable” après un séjour de quinze ans aux États-Unis.
Dans son analyse pointue, Andrew Smith fait référence à des essais publiés dans les années 1940 dans lesquels James souligne les paradoxes du XXe siècle : “Plus les moyens de transport sont développés, moins les hommes sont autorisés à voyager… Plus les moyens de communication sont développés, moins les hommes échangent librement leurs idées. Plus les possibilités de choix de vie sont grandes, plus nous vivons dans la terreur d’une destruction massive… L’histoire de l’homme est celle de ses efforts pour rendre concret l’abstrait universel.” (Andrew Smith : “Passing through difference: C.L.R. James and Henri Lefebvre”, Identities, 27-1, 38-52, 2020).
L’analyse de Smith porte un regard sur les similitudes et les différences entre la pensée radicale de James et celle du chercheur français Henri Lefebvre dont les idées ont notamment alimenté la révolte étudiante en France en 1968. Lefebvre et James cherchaient tous deux “à sauver le concept du bonheur de la trivialité dans laquelle la publicité et la psychologie populaire l’avaient relégué… Être conscient de son malheur présuppose qu’autre chose est possible, une condition différente de celle du malheur.” La “bonne vie” n’est pas, et n’a jamais été, simplement une question de “l’amélioration du niveau de vie » ; les hommes ne sont pas non plus des porcs à engraisser : le bonheur, affirme James dans son ouvrage American Civilisation, ne peut se réduire à la satisfaction matérielle. Serais-je plus heureux en achetant une nouvelle voiture ou en nageant dans la rivière Valencia ? En jouant au football à Skinner Park ou en faisant des heures supplémentaires pour gagner plus d’argent ? De faux choix que les politiques sociales ne parviennent généralement pas à résoudre. James et Lefebvre étaient tous deux les héritiers de l’école de Francfort : la critique d’Herbert Marcuse à l’égard du rouleau compresseur de la “société de masse” qui empêche l’individu d’avancer vers la liberté est à l’origine de concepts ultérieurs tels que le “bio-pouvoir” de Michel Foucault, “une forme de contrôle intériorisé qui s’exerce au nom de la liberté”. (Smith, op. cit.).
La question épineuse, tout compte fait, reste de savoir comment appliquer cette compréhension intellectuelle pour façonner la politique sociale à travers les processus démocratiques et électoraux. Dans Beyond a Boundary, James soulève non seulement des questions sociales et politiques brûlantes qui sont plus que jamais d’actualité, mais il propose également des solutions. Si le jeu du cricket était structuré autour de certaines valeurs humaines, tous les sports, tous les arts, toutes les formes culturelles sortiraient les gens de l’enfer des processus de travail asservissants. De telles valeurs constituent les seuls canaux vers le domaine de l’esprit. Si notre concitoyen prône explicitement le sport, les arts et la culture comme des besoins humains tout aussi vitaux que nos besoins fondamentaux si nous voulons rester humains, son immense attrait intellectuel découle précisément de son érudition rigoureuse et extra-muros. Sans aucun titre universitaire, il a exploré, comme peu l’ont fait, les trésors de tous les grands esprits passés et contemporains. James, l’alchimiste, a tamisé la substance de son immense érudition et a transformé son métal vil en or : “Pour Hegel, la vérité ultime réside dans le domaine de l’esprit, dans ce qu’il appelait ‘l’esprit du monde’ qui génère toute l’activité créatrice de l’espèce humaine, en particulier telle qu’elle se manifeste dans la religion, la philosophie et l’art… Les historiens intellectuels des années 1970 et 1980 n’incluent pas James dans leurs récits sur les penseurs marxistes occidentaux, mais d’autres historiens intellectuels apparus un peu plus tard… ont partiellement rétabli l’équilibre, rendant hommage à James ainsi qu’à Lukács, Gramsci, Ernst Bloch et Henri Lefebvre pour avoir redécouvert et ré-exploré les prémisses hégéliennes du marxisme.” (Frank Rosengarten : Urbane Revolutionary. C.L.R. James and his struggle for a new society, University Press of Mississippi, 2008).
Il arrive que tel mot ou telle anecdote de notre enfance déclenche dans notre jeune esprit un déclic qui aura des répercussions profondes sur le cours de notre vie. La clé pour comprendre pourquoi C.L.R. James a fait l’objet d’une telle attention au cours des dernières décennies réside dans sa conviction inébranlable que la résistance et la révolution ne sont pas le fruit d’un mouvement politique ou de forces historiques extérieures à notre vie quotidienne, auxquels nous pouvons adhérer ou non, mais sont l’expression nécessaire de nos vies incomplètes, toujours en quête d’une plus grande plénitude. Lorsque James est arrivé en Angleterre, il était inconsciemment ancré dans les idées de résistance et de révolution depuis le moment où il avait entendu son grand-père, Josh Rudder, raconter comment il avait réparé une locomotive et refusé de dire aux ingénieurs britanniques comment il s’y était pris : le pouvoir opposé au contre-pouvoir.
Si le concept personnel de révolution de James reste aujourd’hui un concept-phare dans les cercles intellectuels, si “Nello”, comme on l’appelait à l’époque où il vivait à Tunapuna, a consacré sa vie à maintenir le centre de gravité de l’idéologie de gauche telle qu’il la comprenait, aurions-nous tort d’affirmer que notre concitoyen, modèle d’érudition, devait ses analyses uniques de la signification et de l’importance de la révolution à sa nature même de Trinidadien ? Dans les méandres du réseau social complexe dans lequel il a dû trouver sa voie en grandissant à Tunapuna et à Port-of-Spain, où tout le monde était “différent” mais où ces différences devaient céder le pas au bien commun sous peine de tout perdre, James était déjà moulé dans un certain “esprit de Trinidadien” qui défie toute définition, mais qui annonce les idées d’Édouard Glissant sur la créolisation et la théorie du chaos d’Antonio Benitez-Rojo sur les Caraïbes — un plus un font trois pour produire un certain “caractère caribéen” unique : “Nous, les Antillais, sommes un peuple en marche qui n’a pas encore atteint un point de repos et de consolidation.” (Beyond a Boundary.)
Si le cricket sert d’instrument pour refléter les différents masques de l’humanité dans Beyond a boundary, le choix aurait tout aussi bien pu se porter sur le football ou tout autre sport ou forme d’art. Jeune homme à la Trinité, confronté à un choix cornélien entre deux clubs de cricket où la balance penchait en faveur des pigments de mélanine, James aurait eu toutes les raisons de réfléchir aux perversions politiques et sociales déclenchées par les attitudes racistes dans sa communauté. Il en aurait conclu qu’il n’y avait aucun espoir pour une humanité divisée par des notions de supériorité raciale, d’exploitation de l’homme par l’homme, d’idéologies fondées sur la différence ou par des notions qui, tout simplement, “n’obéissaient pas les valeurs du jeu de cricket”. Ne reconnaissant qu’une seule humanité, il rejetait les tendances idéologiques qui mettaient en jeu toute notion de “différence”, tout comme il rejetait les propositions de “Black studies” comme étant sans rapport avec l’esprit de la révolution tel qu’il le comprenait. Ces attitudes ont propulsé James bien en avant de son temps et expliquent le charisme qu’il exerçait dans le monde entier en termes de leadership, ainsi que l’intérêt intellectuel récent que ses œuvres ont suscité.
Josh Rudder, son grand-père, était l’égal de n’importe qui lorsqu’il a réparé la locomotive du train et refusé de dire à ses supérieurs comment il s’y était pris. Le jour où James a quitté l’île de la Trinité pour l’Angleterre, son talisman était en sécurité dans sa poche : l’esprit de résistance et d’indépendance de son grand-père. Le combat de James était motivé par sa conviction de toujours : une seule dynamique sous-tend toute révolution — moi, Mme Personne, je suis malheureuse. Je sais que de meilleures conditions sont possibles. Comment passer de ma situation actuelle à de meilleures conditions ? Moi-même, grâce à mon esprit de résistance et à mon désir de changement, je porte en moi les germes de la révolution dans mon désir ardent d’accéder à une meilleure vie.
James, Trinidadien jusqu’au bout des ongles, aurait également puisé une immense force dans son refus d’adopter la posture ou la psychologie de la victime du colonialisme, tant face à l’histoire que partout où il se trouvait. Interné à Ellis Island en 1952, il mit à profit son temps pour écrire Mariners, Renegades and Castaways : The story of Herman Melville and the world we live in (Marins, renégats et naufragés : l’histoire d’Herman Melville et du monde dans lequel nous vivons). En 1958, cinq ans après son retour en Angleterre, James rentre chez lui et se retrouve pris dans le tourbillon de la fièvre pré-indépendance de Trinité-et-Tobago : le Dr Eric Williams invite son ancien professeur au lycée QRC à devenir rédacteur en chef de “The Nation”, organe du PNM (People’s National Movement (Mouvement national populaire)). Cela suscite des réactions mitigées. Les cercles influents du PNM “désapprouvent plutôt les faveurs excessives dont bénéficie James, à tel point que certains se demandent même si ce n’est pas Nello plutôt que Bill qui est le prince du PNM” (Ivar Oxaal : Black Intellectuals Come to Power, 1968). Ce chapitre de l’histoire politique de Trinité-et-Tobago est généralement passé sous silence, même par des érudits de premier plan.
La pièce manquante du puzzle était tout simplement que James, érudit distingué à l’égal du Dr Eric Williams, aurait conservé son statut de mentor auprès de son ancien élève et aurait eu à portée de main toutes les implications internationales du socialisme pour les nations des Caraïbes. C’est tout à l’honneur du Dr Williams d’avoir si bien compris la relation qui les unissait : lui-même en tant que politicien pragmatique, James en tant que révolutionnaire romantique, Machiavel et son Prince dans des rôles inversés. Grâce à sa relation étroite avec James, le future premier ministre, Eric Williams, qui était tout sauf Fidel Castro, devait encore apprendre à manœuvrer au mieux dans le contexte complexe de la politique internationale, mais aussi à suivre sa propre voie, à tel point que lorsque Chaguaramas devint un enjeu, le Dr Williams aurait non seulement bénéficié des avantages inestimables de l’enseignement politique dispensé par un compatriote de confiance, mais Machiavel aurait trouvé son prince un bien commode à être échangé dans le cadre des compromis : en pleine guerre froide, les émissaires américains, parties aux négociations de Chaguaramas, auraient exigé l’extradition d’une personne qualifiée de “persona non grata” par le FBI.
Les fauteurs de troubles ne sont en sécurité que derrière les barreaux, exilés à Sainte-Hélène, dans un goulag recouvert de glace, à Ellis Island ou à Carrera au large de la Gueule du Dragon. Du jour au lendemain, Nello tombe en disgrâce. Sa sentence est l’exil.
Bien que les biographes de James accordent peu d’importance au chapitre consacré à la question de Chaguaramas et considèrent les négociations entre les États-Unis et Trinité-et-Tobago comme une explication hypothétique du revirement à 360° du Dr Williams concernant la position de James au sein du PNM, l’accord de Chaguaramas impliquait en fin de compte un engagement des États-Unis à verser des millions de dollars d’aide internationale au développement à Trinité-et-Tobago. L’idéologie socialiste qui prévalait à Cuba, en Jamaïque et dans de nombreux pays pré-indépendants n’aurait pas été de bon augure pour Trinité-et-Tobago avec C.L.R. James sous les feux de la rampe dans la lutte du PNM pour le leadership politique du pays. (Oxaal, op.cit.).
Au moment où Chaguaramas est devenu un sujet d’actualité, “Bill” avait épuisé toutes les sources d’information — des rayons de la bibliothèque d’Oxford aux chapitres des écrits passionnés de Nello — afin de se former en vue de son futur poste de Premier ministre de Trinité-et-Tobago et du rôle de son pays dans la politique internationale. Le premier Premier ministre de Trinité-et-Tobago pouvait désormais se passer sans frais du révolutionnaire romantique, rédacteur en chef de The Nation, si ce dernier venait à devenir gênant — un double coup de maître. Pourtant, dans Inward Hunger, sous-titré précisément “L’éducation d’un Premier ministre” et publié bien après les événements mentionnés ci-dessus (1969), l’auteur balaie James d’un coup de main : “Je m’en tiendrais aux Antilles. Les Antillais avaient traditionnellement déserté les Antilles : Padmore pour l’Afrique, James pour les absurdités de la révolution mondiale, la majorité des Antillais pour la médecine traditionnelle et le droit. Je cultiverais le jardin antillais, de Cuba à la Guyane française.”
La question reste en suspens : le Dr Williams avait-il orchestré un coup diplomatique ? James n’avait-il été qu’un pion dans les stratégies politiques du Dr Williams ? Après que Fidel Castro eut renversé Batista à Cuba en 1958 et que les États-Unis eurent mis en place une surveillance des pays des Caraïbes pendant la guerre froide, toutes les personnes déclarées ou soupçonnées d’avoir des tendances socialistes furent mises sur liste noire et surveillées par Big Brother. Lorsque James revient à la Trinité en 1965, Williams le place immédiatement en résidence surveillée. Dans quelle mesure James était-il innocent de l’accusation selon laquelle il représentait une menace pour le Premier ministre ? Une question légitime serait, là encore, de savoir si son arrestation n’était qu’un coup monté ou un “spectacle” destiné à détourner l’attention des autorités américaines et à protéger la responsabilité de Williams envers les pouvoirs en place. Quoi qu’il en soit, une fois le spectacle terminé, James, Stephen Maharaj et George Weekes forment le Parti des travailleurs et des agriculteurs, qui subit un fiasco lors des élections de 1966, le moment étant “mal choisi”.
À l’époque où Aimé Césaire écrivait Cahier d’un retour au pays natal (1939), James venait de recevoir 100 livres sterling de la part d’amis anglais et s’est rendu à Bordeaux et à Paris pour consulter des archives et écrire Les Jacobins noirs (1938). La même année, à Oxford, le jeune Eric Williams se penchait lui aussi sur les mêmes sources pour rédiger sa thèse de doctorat qui deviendra plus tard Capitalism and Slavery. Parmi les nombreuses voix qui se sont élevées à cette époque pour défendre la cause de l’émancipation et de l’autonomie des nouvelles nations émergentes du monde, figuraient celles de C.L.R. James et de son ami d’enfance Malcolm Nurse (alias George Padmore), qui se trouvaient en première ligne de la gauche radicale. Le chapitre 12 de Beyond a Boundary s’intitule “What do men live by?” (De quoi les hommes vivent-ils ?). La première édition de cet ouvrage a été publiée en 1963, un an après l’indépendance de Trinité-et-Tobago et un an après la parution de The History of the People of Trinidad and Tobago (Eric Williams, 1962). “C’était au début des années ’30, une période où le rejet contemporain de la tradition et le mépris contemporain des moyens prenaient forme. À présent, nous avons tous fait le plein d’horreurs. Aujourd’hui, les cruautés et les abominations qui auraient profondément choqué et bouleversé les générations précédentes sont monnaie courante. Nous devons nous endurcir pour survivre.” (Beyond a Boundary.) Alors que les paroles de James résonnent encore après plus d’un demi-siècle, nous ferions bien de nous préparer à affronter l’avenir.
Rendez-vous dans la section West Indiana de la bibliothèque Alma Jordan. Regardez les murs. Près de l’entrée, vous verrez le portrait presque grandeur nature d’un artiste âgé et élancé. Laissez votre mémoire et votre imagination vous ramener d’abord au village de Tunapuna où Nello a passé son enfance, puis passez rapidement au début des années 1960, ces années effervescentes qui ont précédé l’indépendance, lorsque Trinité-et-Tobago avait terminé son mandat de Crown colony et négociait son indépendance, événement discret, sans un Toussaint Louverture (conformément à la thèse du Capitalisme et l’esclavage selon laquelle les Antilles étaient devenues un fardeau pour la Grande-Bretagne) sous la direction du Dr Eric Williams et du chef de l’opposition, le Dr Rudranath Capildeo.
Adolescente à Trinidad, ma corvée du samedi consistait à balayer. Parmi les ouvrages subversifs que le vent avait fait tomber d’un rayon de la bibliothèque se trouvait un petit livre intitulé Mariners, Renegades and Castaways. La couverture avait été arrachée. L’auteur, C.L.R. James, avait écrit cet ouvrage dans sa cellule de prison à Ellis Island. Je repense souvent à ces samedis matins où je prenais le livre, lisais quelques pages poussiéreuses et le remettais sur l’étagère. Si j’ai toujours eu de la compassion pour les baleines depuis lors, nous ferions tous bien de ne pas baisser la garde, de ne pas oublier que les Achab et leurs Pequod sont toujours en liberté.
Cyril Lionel (Nello) Robert James repose au cimetière de Tunapuna. Permettez-moi, Mme Personne, de m’incliner devant un homme parmi les hommes, un Trinidadien pour l’éternité.


