André Malraux: Masques, mythes et mensonges

Auteure: Clara Mohammed Foucault

Le jeune Malraux : aventurier et homme engagé

S’inspirant de sa thèse de doctorat intitulée La confrontation des civilisations occidentales et orientales dans les œuvres d’André Malraux, soutenue à l’Université de Caen en 1975, Clara Mohammed-Foucault a résumé le destin complexe de l’écrivain en dégageant les divers masques du jeune Malraux — aventurier, anticolonialiste, membre du Parti communiste, lauréat du prix Goncourt pour son roman La Condition humaine — puis de l’homme engagé qui partira combattre pendant la guerre d’Espagne en 1936.

L’expérience de la guerre et la Résistance

Ensuite, pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoindra la Résistance française, qui lui inspirera certains de ses romans, notamment Les Noyers de l’Altenbourg, Le Temps du mépris et Lazare. C’est cette image qui sera retenue parmi ses confrères et consœurs de l’intelligentsia parisienne positionnée politiquement à gauche. Ces derniers admettent difficilement que Malraux rejoigne l’équipe gouvernementale de Charles de Gaulle en 1958.

Le ministre et le penseur de l’art

En effet, dès 1945, Malraux intègre le gouvernement provisoire et fera une brillante carrière en tant que ministre de l’Information puis de la Culture sous de Gaulle. Non seulement va-t-il parcourir le monde dans sa capacité de ministre, mais sa découverte des civilisations de l’Inde et de l’Asie du Sud l’amènera à interroger les rapports que les hommes et les femmes établissent avec le monde qui les entoure.

Ce monde n’est-il pas un musée imaginaire où l’art foisonne parmi tous les peuples du monde ? Il écrira plus tard Les Voix du silence, La Métamorphose des dieux et Le Musée imaginaire, où il essaiera de percer le mystère de l’art et sa signification dans les différentes civilisations.

Le mystère de l’expérience mystique

Si la construction de l’image de la persona qu’il aurait fondée semble inébranlable, une ombre plane et persiste néanmoins autour d’André Malraux. Pour certains de ses proches, il aurait dit que le XXIᵉ siècle serait spirituel ou ne le serait pas. Malraux aurait nié catégoriquement avoir prononcé ces mots. Ce déni serait-il de la mauvaise foi ? Où est le mensonge ?

La faille du personnage, tel qu’il l’aurait consolidé durant les années de sa jeunesse, résiderait dans une expérience mystique qu’il aurait vécue en frôlant la mort à de nombreuses reprises, principalement lorsque l’avion qui le ramène d’Éthiopie est pris dans une tourmente et que le pilote atterrit de justesse à Bône, dans le nord de l’Algérie.

À la suite de cette expérience où il a frôlé la mort, Malraux décrira un vécu mystique qui inspirera son roman Le Temps du mépris. Cet ouvrage ne sera pas édité en France, mais en Suisse en 1934, dans un tirage limité. Malraux devait-il à tout prix préserver son image d’homme occidental, donc rationnel, pour qui tout obscurantisme serait proscrit ?

Un débat toujours ouvert

Si cette même expérience mystique lui inspire des livres tels que Les Noyers de l’Altenbourg et Lazare, Malraux avertit le lecteur des Noyers de l’Altenbourg que l’expérience dont témoigne son personnage est « une simple réaction psychologique ».

Depuis, d’autres universitaires se sont penchés sur l’expérience mystique de Malraux après avoir frôlé la mort. Myriam Sunnen, notamment, serait d’avis que l’attitude de Malraux envers ce vécu résulte d’une certaine pudeur face à une expérience si intime.

Mais l’ombre continue à planer.